Est-ce que j'aime vraiment mon job ?


On demande souvent aux enfants ce qu’ils aimeraient faire quand ils seront grands.


Savoir ce que l’on veut faire est un bon début ; doit-on pour autant considérer cela comme une nécessité ou une fin en soi ? Faut-il se poser la question avant les études — sans quoi c’est fichu— ou peut-on à tout moment de notre vie nous questionner sur le travail que l’on fait, la voie que l’on choisit ?


Lorsqu’un enfant rêve de sauver des vies et qu’il devient médecin, ou qu'il rêve de conduire un beau camion rouge et devient pompier, qu'il rêve de danser tout de blanc vêtu et devient danseur à l'opéra de Paris ou dans un cabaret, peut-on considérer qu’il a réalisé son rêve et qu’il est sur « son chemin de vie » ?


Nous avons la chance de vivre dans un pays libre offrant de nombreuses possibilités ce qui nous permet de choisir, de penser à nous et de nous réaliser. Mais nous savons bien que le système scolaire laisse beaucoup d'enfants sur la touche. L'idée que l'on puisse faire ce que l'on veut est une forte croyance dans certaines cultures, par exemple aux Etats Unis, alors que c'est un mythe dans l'esprit de beaucoup d'autres. En France, nous sommes plus enclins à vouloir sécuriser notre emploi qu'à oser entreprendre ou de vivre de notre passion.


S'il y a ceux qui ont une idée précise du métier qu’ils veulent faire et le réalisent, certains autres abandonnent carrément leur rêve en grandissant car la vie et ses contraintes les rattrapent, la culture familiale a aussi son poids et son influence. Certains autres tentent de poursuivre leur rêve mais n’y parviennent pas, pour les mêmes raisons. Enfin, certains n’ont même aucune idée et ne se connaissent pas d’envie ou de passion.


De nombreuses personnes n'ont pas vraiment choisi leur métier, je prends par exemple les métiers de manutention qui sont rudes et n'offrent pas forcément d'épanouissement. D'autres comme les ouvriers spécialisés dans le bâtiment ou dans l’industrie, cadres consultants, experts ou commerciaux sont arrivés dans ces métiers par leurs études, ils ont "suivis" le système et, vous en conviendrez avec moi, une large majorité d'entre eux n'avaient pas vocation à exercer ces métiers à seize ans. Certains ont eu des diplômes, d'autres pas, et le hasard de la vie les ont conduits vers une opportunité qui ne faisait pas partie de leurs premières aspirations... On ne refuse pas un premier poste qui nous est accessible, n'est-ce pas ?


Et tout cela n'a rien à voir avec la vocation. Il se peut toutefois que l'on se découvre une passion par hasard, et que l'on finisse par aimer son job, ou se convaincre de l'aimer, pour plein de petites raisons. Est-ce votre cas ? Auquel cas, c'est un élément à prendre en compte dans la suite de votre aventure professionnelle.


Des vocations pourtant sont un peu partout. Je pense ainsi à certains fonctionnaires, car j'en connais beaucoup qui sont portés par des valeurs altruistes, par exemple l'enseignement, la police, etc. Je pense à ceux pour qui la notion de service est très forte, dans les ONG, la santé, l'écologie, la politique... Je pense également aux artistes qui sont poussé par la créativité, la culture et la liberté d'expression. Il existe de nombreux exemples de ce type. Si au départ il s'agissait de vocation, il s'avère pour beaucoup d'entre eux — je les rencontre en cabinet — que la réalité ne rejoigne pas le rêve. Ils sont dépités et déçus de la situation qu'ils vivent. Ils perdent motivation et foi, renoncent et frôlent pour certains le burnout ou le bore-out. Ceux-là finissent par ne plus aimer leur travail non pas parce qu'ils se sont trompé de métier ou de passion mais parce que les conditions de l'exercer sont terriblement décevantes, impossibles, voire douloureuses. Choisir sa voie ne garantie donc pas plus de s'épanouir.

Que l'on ait choisi son travail ou pas, deux questions émergent :


- Comment se fait-il que l'on craigne de s’interroger sur sa condition alors que le déplaisir et le ras-le-bol sont là ?


- Que faire lorsque ce questionnement bourdonne à l’intérieur de nous et nous ramène à la réalité d’une situation qui ne nous plaît pas ?


La plus grande difficulté est d'abord de dépasser un déni qui nous facilite la vie. Ce déni répond souvent à l'un de ces trois aspects, ou aux trois :

  • Accepter de regarder notre situation insatisfaisante risque de nous renvoyer une réalité trop douloureuse. On ne s’autorise plus à rêver parce que ça fait mal. En somme, le faussé entre notre situation et notre rêve ou nos envies, est tel que le constater nous fait plus de mal que de bien. C'est à dire que l'écart entre notre état actuel et notre état désiré est trop grand et cela nous renvoie à "c'est trop tard" et "c'est trop d'effort.".

  • Il est également très difficile d'accepter de voir l'insatisfaction quand précisément on a, soit loupé le coche, soit pas eu l’étincelle de rêve qu’ont certains, car cela nous donne l'impression d'être face à une impasse. C'est le cas si vous fait un métier désiré et que ça concrétisation, quelle que soit la raison, vous déçoive. C'est la même chose si nous n'avez pas vraiment de rêve car quoi faire alors ?

  • On s’empêche de regarder d'autres possibilités quand on croit que l’on est où l’on est parce qu’on n’est pas capable de mieux. On s'interdit d'avoir des aspirations qui apparaissent alors comme des ambitions trop grandes car "on n'est pas capable". on s'étiquette soi-même parce que les expériences passées ont échoué. Voir sa situation actuelle, renvoie à ces échecs et la croyance de ne pas être capable dans laquelle on s'est ancré.

Ces trois raisons creusent le faussé entre notre réalité et ce que l'on pose alors comme un idéal. Cela nous met dans le déni, très inconsciemment bien sûre, car nous pensons que nous sommes définis alors que nous sommes changeant.

Carol S. Dweck, professeur de psychologie sociale à l'Université Stanford, a étudié et développé un concept qui fait aujourd'hui référence dans le milieu du développement professionnel. Elle explique qu'il existe deux états d'esprits pour faire face à la vie, un état d'esprit "fixe" (fixed mindset) et un état d'esprit "de croissance" (ou "de développement") (growth mindset).

  • Avec l’état d’esprit fixe, nous pensons que nos qualités, nos aptitudes et notre personnalité sont déterminées à la naissance, de manière génétique, et nous considérons pas pouvoir y faire grand chose.

  • Avec l’état d’esprit de croissance, nous pensons que nos qualités sont avant tout développées en travaillant et que tout le monde peut s’améliorer à force de travail et d’application.

Carol Dweck explique clairement que les personnes qui réussissent ont un état d'esprit de développement. Cela n'a rien a voir avec l'intelligence ou avec la culture, les études ou le niveau de connaissance. Cela à avoir avec l'état d'esprit !


Et malgré les conditionnements, une prise de conscience change l'état d'esprit.


Un état d'esprit fixe provoque des phrases du genre : "Ça ne sert à rien, ce n'est pas mon truc !", "J'ai déjà essayé.", "Plus facile à dire qu'à faire !", " Je ne suis pas un intello, je ne comprends rien", ou encore "je ne suis pas matheux, c'est trop compliqué".


Si vous pensez ainsi, vous avez peut-être rencontré des échecs lors dans vos premières années scolaires qui vous ont mis ces idées en tête et vous les avez installées comme des vérités.