Pour vivre heureux, vivons reliés

Être soi semble naturel. Pourtant nombreux sont ceux qui se comportent différemment en famille et au travail ; nombreux sont ceux qui n'osent pas s'exprimer, se montrer et assumer l'entièreté de leur personnalité.


Beaucoup croient en l’adage « pour vivre heureux, vivons cachés » et pensent sans doute qu'il est préférable, sans jeu de mot déplacé, de porter un masque et de jouer un rôle...


Depuis l’enfance, nous avons appris inconsciemment que pour être aimé il faut être conforme à certaines attentes de nos parents ; que pour ne pas décevoir il faut garder pour soi ses émotions et ses opinions ; que pour ne pas être rejeté il faut adopter les mêmes comportements et mêmes codes.


L’un des biais cognitifs le plus répandu est le biais de conformisme (ref. Solomon Asch). C’est la tendance que nous avons à nous comporter comme ceux qui nous entourent plutôt qu’à faire ce qui nous semble juste ou qui nous correspond.


Nous avons donc appris depuis tout petit à nous conformer à la tendance majoritaire environnante plutôt qu'à nous démarquer. Lorsque nous faisons partie d’un collectif, quel qu’il soit, ce biais s’active naturellement. Notre cerveau logique est dérouté au profit d’un mécanisme plus archaïque et inconscient qui, s’il était essentiel au développement de l’espèce humaine dans sa communauté, s’avère aujourd'hui bien plus souvent inadapté dans une société moderne multiculturelle.


A l’heure où j’écris ce billet, nous avons tous traversé des mois qui ont bouleversé notre vision du monde. La pandémie mondiale de COVID-19 a révélé les travers de notre mode de vie et des choses que nous tenons pour acquises. Beaucoup d'habitudes ont volé en éclat notamment l'idée qu'il était impossible de travailler à distance ou l'idée que certaines professions n'avaient aucune valeur et que nous étions soumis à un système qui ne pouvait pas fonctionner autrement. Preuve est faite que nous avons des ressources incroyables, que nous avons une grande faculté d'adaptation et que nous pouvons changer.


Mais cet évènement mondial à révélé bien plus. Il a révélé notre grand besoin de plus d’authenticité, de plus de transparence, de plus d’écologie personnelle et universelle, de plus de conscience, de plus d’intelligence dans la gouvernance et de plus d’humanisme.

Il n'y a pas de plus grand bonheur pour « être soi » que d'incarner en conscience toute sa dimension et de sentir que l'on a sa place dans ce monde, c'est en cela que s'affirmer prend son sens.


Toutefois si notre élan de vie nous porte vers un questionnement existentiel, pour beaucoup il reste difficile d’emprunter une voie jusque-là inconnue, celle qui nous pousse à questionner nos choix, nos comportements et nos véritables désirs. S'il n'est pas volontaire, le chemin vers soi est alors provoqué par un chaos. Celui de la pandémie et du confinement planétaire en est un.



Qu'est-ce que s'affirmer implique ?


S’affirmer n'est pas chose facile pour beaucoup de personnes. Je sais combien cela peut sembler être une démarche insurmontable. J’ai moi aussi, toute une partie de ma vie, fait partie des rangs de ceux qui peinent à s’affirmer.


L'affirmation de soi est une des plus belles qualités qui soient à mes yeux. Comme je l’explique plus bas, c’est sans doute parce qu’elle est au coeur de mon histoire que j’en ai fait l’axe central de mon accompagnement.


C’est une qualité d’être, celle d’être en mesure de se valider et de s'accueillir soi tout autant que l'on accueille l'autre. C'est une qualité qui améliore considérablement notre rapport aux autres et à la vie parce que s’affirmer c’est reconnaître son existence propre, sa singularité, sa valeur et son potentiel. C'est en s'affirmant que l'on rencontre le mieux les autres. Nous relier est l'essence même de notre nature humaine. Notre espèce est faite pour vivre ensemble. c'est ainsi qu'elle peut croître.


Par l'affirmation nous exprimons qui nous sommes. En clarifiant les contours de notre personnalité, nous prenons certes le risque d'être aimés ou rejetés mais nous créons surtout ainsi l'opportunité d'être rencontrés par ceux qui désirent se relier à nous.


Le contraire de s'affirmer tient davantage de l'effacement et de l'évitement que de la discrétion et de ses vertus. Certains de mes clients confondent ces notions. De même, certains confondent s’affirmer avec s’imposer.


Joseph Wolpe et Arnold Lazarus furent les premiers dans les années soixante à clarifier les comportements en terme affirmé, passif, agressif et manipulateur.


Une des définitions que je donne sur l’affirmation de soi, c’est l’attitude qui consiste à exprimer librement ses besoins, ses désirs et ses émotions pour s'inscrire de manière équilibrée et juste dans un groupe en assumant sa singularité. Cela inclus la capacité à défendre sa position ou ses droits sans exclure ceux des autres.


Passif, agressif et manipulateur sont les autres penchants comportementaux. Qu'elles soient acquises par mimétisme ou conditionnées par des reflex de peur, ces attitudes sont sources de conflits à terme.

Sur le papier, nous convenons tous qu’il est préférable d'aller vers plus d’affirmation de soi. Le langage anglo-saxon appelle cela l’assertivité. Tout au long de ma carrière, j’ai hélas souvent observé que de nombreuses personnes formées à l’assertivité, ne parvenaient pas à l’intégrer dans leur attitude.


Comprendre n’est pas suffisant pour changer. Nos habitudes réflexes sont profondément ancrées, et plus encore avec elles, nos idées reçues.


Il est urgent de clarifier plusieurs points sur ce sujet qui nous voilent le bénéfice réel d’être une personne affirmée et, bien entendu, les souffrances issues pour soi et/ou pour les autres de l’impossibilité de l’être. Il va de soi, qu’une personne non affirmée se tourne vers l’une des trois autres attitudes (passive, agressive, manipulatrice) avec plus ou moins d’amplitude.


Je sais que les personnes passives qui n'osent pas s'affirmer pensent souvent qu'en étant moins exposées elles s'épargnent ainsi nombre d'épreuves et de difficultés. En réalité, ce principe sécurisant ne l'est qu'un temps. A terme, dans plusieurs configurations, cela devient même pour la plus part, la cause de leurs problèmes.


Les personnalités agressives sont souvent convaincue d'être des personnes affirmées.


Quant aux profils manipulateurs, sans parler de perversion, ils se sentent davantage sécurisés par une stratégie de contrôle. Les plus lésées semblent être les personnalités passives. Ce sont souvent elles qui entament une démarche volontaire de changement.


Il est toujours possible de changer les choses et de dépasser la situation dans laquelle on est, faute de n'avoir pas su s'affirmer plus tôt.